Madame la Ministre de l’Intérieur,

Suite à votre lettre ouverte nous nous permettons de vous répondre et de relever votre défi tout en vous en proposant un autre. En effet, nous avons trouvé une occupation à proposer aux jeunes afin qu’ils trouvent le temps moins long avant d’apercevoir la lumière au bout du tunnel. Nous proposons donc à la jeunesse en manque de liberté, de fêtes, d’amour et de câlins comme vous le reconnaissez, d’imaginer et d’organiser La BOUM 2 dans le bois de la Cambre en attendant le jour J. Le jour de la délivrance que vous nous promettez d’ici quelques semaines, et pas dans des mois comme nous le pensons, et que nous attendons tous depuis plus d’un an.

Votre mission, si vous l’acceptez madame la ministre puisque vous nous avez proposé votre aide, est de nous accorder l’autorisation officielle ainsi qu’une date pour l’organisation d’une BOUM 2 dans le bois de la Cambre et, si vous le jugez nécessaire, de nous proposer des règles sanitaires qui prendraient en considération les avis de spécialistes dont certains estiment que le risque de ce genre d’événement est minime et pourtant tellement vital à notre jeunesse. Ne serait ce pas là un bel hommage à rendre à nos sacrifices consentis pour nos ainés.

Evidemment nous ne nions pas l’encombrement des hôpitaux qui est le fruit du délabrement de nos services de soins de santé dont votre gouvernement et les précédents avaient la responsabilité. Cependant, on ne peut ignorer l’impact négatif du confinement sur la totalité de la population et en particulier sur les plus fragiles d’entre eux (célibataires, isolés, étudiants, sans emploi, …). Pour l’instant, les seules solutions proposées par le gouvernement sont des lois liberticides, l’usage de la peur et de la répression policière. A aucun moment vous n’avez fait appel à l’intelligence collective ou à notre sens des responsabilités.

Nous vous invitons à prendre en considération plusieurs points avant de nous donner éventuellement une réponse :

Impacts psychologiques des mesures sanitaires

– recherche UCLouvain et UAnvers : enquête covid et moi (détresse psychologique) 
– étude Université de Liège : Psychological distress during the COVID-19 lockdown
– étude Université de Glasgow : Mental health and health behaviours before and during the initial phase of the COVID-19 lockdown
– étude Université de Paris et de Bordeaux : greater stress during Covid-19 mandatory lockdown among college students in France
– article Wallonie-Bruxelles enseignement : Etat des lieux de la santé mentale par le Dr Maes
– entretien avec le docteur Prudhomme dans Le Figaro : Le confinement peut provoquer des effets sanitaires plus néfastes que le virus
– article du New York Times : Mental health pandemic
– intervention sur LCI : psychologue vs médecin 
– article de la DH : +20 % de suicide à Bruxelles 
– article RTBF info : L’épuisement pandémique
– entretien avec Mattias Desmet, psychothérapeute et professeur de psychologie clinique à l’université de Gand : situation en matière de santé mentale
– article : Teen mental facilities saturated in Belgium
– entretien avec Marie-Estelle Dupont, psychologue clinicienne et psychotérapeute : La peur est beaucoup plus contagieuse que le Covid
– Elise Lucet sur France Info : vague de dépression chez les jeunes
– témoignage édifiant du mal être d’un jeune étudiant : COVID – étudiants en détresse

Contamination virale en extérieur
Population à risque

– document de Sciensano : Personnes à risque
– article Le Vif : La moyenne d’âge des hospitalisations
– article RTBF Info : Coronavirus en Belgique

Solutions possibles

– atteindre l’immunité collective dans la population qui n’est pas à risque
– tester les personnes avant d’assister à un event et si positif port du masque obligatoire
– augmenter la capacité de nos hôpitaux
– vacciner 70% de la population consentente
– continuer à estimer que la seule crise sanitaire réside dans le covid qui épargne 99,5% de la population, et tue essentiellement des personnes de plus de 75 ans, tout en niant les troubles psychologiques causés par les restrictions sanitaires sur 100% de la population.

Sans réponse de votre part ou si votre proposition ne satisferait pas l’impatience légitime de notre jeunesse et son goût insatiable de créer des liens et des contacts humains, indispensables à son développement, il est fort probable qu’un nouveau mouvement citoyen voit le jour afin de réclamer notre droit de se réunir et de faire la fête. Nous estimerons dans ce cas avoir la légitimité d’agir comme nous en avons fait la promesse aux jeunes en souffrance en organisant des fêtes sauvages et en répandant ce mouvement citoyen dans toutes les villes afin de réclamer, tant que cela sera nécessaire, notre droit de nous réunir et de nous rassembler, et donc de faire la fête.

Nous espérons donc que vous avez bien choisi et pesé vos mots dans votre lettre ouverte aux jeunes en parlant de ‘sprint final’ et de ‘dernières semaines’ d’efforts. Il est encore temps de clarifier vos propos car la jeunesse, et pas qu’elle d’ailleurs, ne pourrait comprendre un nouvel abus de langage et/ou de fausses promesses pour remplacer le langage habituel de la peur.

Car, comme vous l’aurez sans doute constaté, beaucoup d’entre nous n’ont plus peur. Et une jeunesse qui aurait son avenir devant elle mais qui n’a plus peur de le sacrifier en allant jusqu’à défier les forces de l’ordre pour un moment de liberté, est selon nous un très grave signal de détresse que l’on ne peut ignorer plus longtemps. Nous demandons d’ailleurs la clémence de la justice pour nos camarades sanctionnés par la police pour le simple crime d’avoir été présent au bois de la Cambre et d’avoir fait face à la répression disproportionnée dont ils ont été témoins et victimes. 

Nous attendons avec impatience votre réponse car nos jeunes ont hâte de s’occuper l’esprit pendant ce confinement en organisant cette fête et en imaginant comment réduire les risques tout en ne perdant pas le goût véritable de la fête. Nous n’avons besoin d’aucun budget ni d’aucun support de votre part, nous voulons juste l’autorisation de jouir de nos libertés afin de nous réunir dans un moment d’allégresse salutaire car nous ne sommes pas que le futur, madame la Ministre, nous sommes aussi votre présent.

Le Collectif L’ABÎME

NB1 : Nous rappelons notre mode d’action. Nous appelons les citoyens à user de leur droit de se réunir afin de faire la fête dans un lieu public en guise de protestation face au refus depuis plus d’un an maintenant de ce droit naturel. Nous n’appelons pas à perturber l’ordre public sous toute autre forme, que ce soit en bloquant la voie publique, en résistant par la force aux forces de l’ordre et encore moins à leur jeter des projectiles ou user de la violence qui est, comme nous le savons tous, une prérogative de notre police. En cas de charge policière, nous invitons les fêtards à soit fuir ou assumer une éventuelle arrestation et/ou une amende, tout en continuant à faire la fête. Nous ne faisons que coordonner une envie populaire et naturelle à se rassembler et à faire la fête, nous ne sommes les organisateurs de rien du tout.

NB2 : Les médias pensent que nous nous cachons. Mais pourquoi devrions nous cacher? De quoi devrions nous avoir peur? On se donne rendez-vous dans un parc et nous écoutons de la musique en plein air, de quoi voulez-vous nous accuser? 

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